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4 ans de vie en bateau, et c’est loin d’être fini !

Juin 2020

En juin 2016, nous quittions notre vie de terrien pour emménager sur notre catamaran, à l’époque basé à Marseille. Ethan et Matéo avaient respectivement 3 ans et demi et 5 ans et demi, notre cadet ne savait même pas nager. Quel est mon vécu ?

 

Au plan personnel, ce mode de vie m’a-t-il transformée ? Oui et non. J’aime toujours quand ça bouge, qu’il y a du rythme, du challenge, des montagnes à déplacer, du sport de plein air. Je fais toujours beaucoup de randonnées, de la plongée, du snorkeling, du VTT. Je suis en revanche plus posée, j’ai une pratique régulière du yoga et de la méditation. Je consacre davantage d’énergie à des loisirs « artistiques » : lecture, dessin, musique, et surtout écriture. Je prends plus de temps d’introspection : me remémorer les bons moments, les personnes que j’aime, mes souvenirs.

J’ai une meilleure qualité de vie : je vis en plein air toute l’année et j’admire les couchers de soleil, les tortues venant respirer autour du bateau dès mon petit déjeuner. Je suis plus sensible à l’état de notre planète et à l’écologie. J’essaie de réduire au fil des ans notre production de déchets, je fabrique mes cosmétiques, confectionne davantage nos repas, y compris mes petits déjeuners.

Je me sens beaucoup plus loin de la société de consommation. Nombre de choses ne se trouvent pas là où nous sommes pendant la saison cyclonique. En Martinique, notre mouillage est éloigné des magasins, et passer commande en se faisant livrer chez une amie peut poser des soucis de délais ainsi que divers travers administratifs liés à l’octroi de mer. Acheter un livre, un manuel scolaire, une paire de chaussures, un type de tissu spécifique au bateau, ou tout autre objet est souvent tellement complexe que j’ai le temps de vivre le manque / le besoin, et le désir des biens concernés. Et je savoure d’autant plus lorsque je les obtiens.

Pendant mon passage en métropole l’an dernier, je me suis sentie déphasée. Constater l’orgie d’une telle multiplicité de biens accumulés au quotidien, cela m’a donné la nausée. Quant à la vie vécue comme une course contre la montre, avec tant de manque de sommeil, de coups de speed, de rush… Je me sens inadaptée à retrouver une vie en métropole, et cela ne me fait aucunement envie.

Je préfère et je chéris la quiétude de notre mode de vie !

Côté relationnel, c’est un aspect de ma vie fait de compromis. Je vois mes enfants grandir, je passe plein de bons moments avec mon mari, et cela est d’une richesse incommensurable. Le plus beau diamant qui existe au monde !

A côté de cela, par rapport à nos familles, les moyens de communication modernes rendent beaucoup de choses possibles pour nourrir les relations avec nos parents respectifs, ainsi qu’entre eux et leurs petits-fils : appels audio et vidéo, envois de photos et vidéos, de journaux des enfants, de mails, jeux en ligne… Mais vu la distance, on ne se voit plus qu’une à deux fois par an, lorsqu’ils se déplacent ou que nous rentrons. C’est parfois pesant, notamment lorsque nos proches ont des soucis de santé.

A l’inverse, j’ai apprécié de pouvoir rentrer sur 3 jours lors du décès de ma grand-mère l’an dernier : la Martinique n’est pas si loin en cas de besoin.

Au plan amical, la situation est plus complexe. Venir aux Antilles représente un budget significatif pour nos proches de métropole, surtout quand ça implique une famille complète, et nos amis intimes sont éclatés sur tout le territoire français. Le téléphone c’est sympa, mais on perd malgré tout en proximité avec certains au fil des années et cela m’attriste. Certaines de nos rencontres avec des gens de bateau ont été très enrichissantes, bien que souvent éphémère, plutôt ponctuelles. Parfois nous nous sommes suivis sur une ou deux années, pour d’autres c’était plus court. Certains sont restés en métropole, d’autres rencontrés aux Antilles sont repartis ou ont arrêté la vie de bateau.

Au fil du temps, je recherche davantage de durée, d’une profondeur de relation qui ne s’acquiert qu’au fil des ans. Après 2 ans et demi en Martinique, nous commençons tout doucement à approfondir des rencontres avec des personnes vivant ici, nous n’en sommes qu’au début !

Côté professionnel, notre challenge était le suivant : parvenir à assumer financièrement l’entretien du bateau et notre train de vie. Nous avons d’abord démarré à Hyères pendant deux saisons, puis sommes repartis de zéro en Martinique. De vraies montagnes russes ! Cela m’a fait travailler sur mon rapport à l’argent. Aujourd’hui, j’ai appris à gérer avec les incertitudes et aléas financiers.

 

J’ai appris petit à petit à m’endurcir par rapport à nos rares clients mécontents, dangereux ou incorrects pour ne pas me sentir déprimée pendant des jours suite à leurs passages. J’ai découvert et pris confiance en notre capacité à proposer des journées « hors du temps », des moments d’exception pour nos clients.

En 5 saisons, il n’y a pas eu une seule sortie dont j’aurais à rougir, nous avons toujours assuré au plan technique, organisationnel et en qualité d’accueil. Je connais notre engagement qualité, et j’en suis fière.

J’ai rencontré chaque année des clients extraordinaires qui m’ont marquée et j’ai été durablement touchée par ce que vous partagiez de vos histoires de vie. Certains ont vécu avec nous des moments très forts, que ça soit par rapport au dépassement d’un traumatisme relatif à l’eau, au travail sur soi lié à des appréhensions plus ou moins fortes, à l’obtention de diplômes, au fait de passer du temps en famille ou entre amis le temps des vacances. Je repense souvent à nombre d’entre vous.

J’ai progressé dans mes compétences marketing et commerciales pour nous permettre d’atteindre un niveau de fréquentation satisfaisant, en sortant de ma zone de confort et en me remettant sans cesse en question dans ce domaine. J’ai également amélioré mes capacités d’organisation pour gérer l’agenda, les courses & les menus, l’administratif, fiscal & juridique de la société, et même réussir au fil des années à gérer le rythme intensif de saison tout en prenant du temps pour moi et pour ma famille en haute saison.

Et la bonne nouvelle, c’est qu’Olivier comme moi continuons à prendre énormément de plaisir à poursuivre l’aventure ATAO Plongée. Il n’y a pas de gros changements en perspective, juste plein de belles rencontres et bons moments !

J’ai pour le moment mis de côté mon ancien métier de consultante en stratégie & management, qui pourtant me plaisait énormément. Cela correspondait profondément à ma personnalité et je pense y avoir développé certaines compétences.

Je me dis que j’aurai probablement plaisir à retrouver ce domaine un jour, même si mon cursus ne rentrera plus « dans les cases » : je n’aurai pas vécu un parcours classique de consultante. N’ayant pas gravi les échelons progressivement en compagnonnage avec des supérieurs, je n’ai pas eu le développement professionnel des collègues qui avaient commencé comme moi. Cela m’aurait plu, mais impossible de concilier ce cursus très prenant avec notre projet de vie et travail en famille en voilier !

Je ne regrette pas, je pense que c’était le bon choix.

Côté instruction en famille (IEF), Matéo a fait l’école à la maison du CP au CM1, et Ethan de Grande Section à CE1. Les trois premières années nous nous sommes appuyés sur un cours par correspondance (Ker Lann), et depuis l’année dernière nous nous appuyons sur des manuels scolaires. Cette formule nous permet de garder un fort niveau d’exigence, tout en s’appuyant sur des manuels scolaires en phase avec ma vision de la pédagogie et des apprentissages scolaires.

Nos pires moments sur le bateau ont été ceux des conflits autour de l’école, principalement avec Matéo : l’école à la maison n’est pas un long fleuve tranquille. Cette année a été globalement beaucoup plus sereine, peut-être parce que nos enfants ont gagné en maturité et comprennent mieux l’importance et l’utilité de l’école. Mon intuition est qu’une scolarité classique aurait été compliquée à gérer avec mon aîné, avec des conflits probables avec ses enseignants en fonction des années, et des retards qui se seraient creusés dans certaines matières. Alors qu’aujourd’hui, les garçons ont tous les deux un bon niveau scolaire et de solides bases dans les différentes matières, et ce n’est pas un détail !

Notre rythme est variable suivant les périodes de l’année, entre les phases « intensives » d’école où l’on n’accueille pas de clients, celles de longues navigations comme notre transat ou le rush de la haute saison hivernale en Martinique. Nous essayons d’être créatifs au fil des ans pour maintenir suffisamment de temps scolaires tout en gérant nos contraintes professionnelles, c’est une forme de jonglage !

Pour moi, l’essentiel de l’IEF n’est pas le niveau scolaire, c’est le fait que nos enfants disposent d’énormément de temps libre (l’école c’est seulement certains matins). Ils peuvent jouer, rencontrer des copains, s’amuser, lire, faire plein d’activités, de visites. Ils ont aussi le temps de s’ennuyer parfois, et je suis convaincue que c’est une très bonne chose.

Les joies de l’IEF, c’est pour moi d’admirer leurs créations (édition de BD, confection de jeux en papiers, de véhicules lego, etc.), de partager plein de bons moments avec eux (notamment un abonnement d’activités manuelles Pandacraft et Cuisine AVENTURE avec Ethan, des kits de chimie de Mel Sciences et randonnées avec Matéo). Nous avons régulièrement participé ou organisé des activités avec le groupe IEF du Var, puis celui de Martinique. Rien que cette année scolaire nous avons visité le show-room EDF sur la transition énergétique, la miellerie Saint Ange, le centre de tri des déchets de Ducos, les ateliers de magie de Malicia, et j’en passe.

Pour le moment, les enfants ne souhaitent pas du tout retrouver le système scolaire « normal », et nous non plus. J’ai d’ailleurs déjà préparé les manuels pour notre prochaine rentrée !

 


Et si c’était à refaire ? Je ne changerais pas grand-chose, les bases resteraient exactement les mêmes : travail, école, ancrage géographique, choix du bateau. Seuls quelques petits détails seraient différents : j’aurais pu basculer plus tôt des cours Ker Lann vers les manuels scolaires, m’investir plus vite dans des rencontres amicales en Martinique en dehors du monde de la voile. J’aurais aimé apprendre plus rapidement à me « blinder » contre les retours clients négatifs, relativiser plus aisément nos aléas financiers dès le début de notre projet, réussir plus tôt à me dégager davantage de temps de qualité pour ma famille et pour moi en haute saison… Mais il y a des sujets pour lesquels il faut laisser du temps au temps ! Et sur la globalité, ces points restent vraiment mineurs, fondamentalement ils n’ont pas d’importance. Que sera ma vie dans 4 autres années ? Où serais-je, que ce soit professionnellement, relationnellement, par rapport à l’école, ou géographiquement ? Ma personnalité aura-t-elle beaucoup bougé ? Je n’en ai aucune idée, mais je me sens sereine, confiante dans nos capacités à adapter le mode de vie de notre famille à l’évolution de nos besoins à tous les quatre !

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5ème année d’école en bateau

 

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